Titre honorifique pour l'ancien syndic Jean-Pierre Balmat

Samedi soir, le village a fait de Jean-Pierre Balmat le premier Bourgeois d'honneur de son histoire. Une récompense qui couronne trois décennies d'activisme politique et associatif.

28 oct. 2013, 06:46
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" Vive Tannay, vive Terre Sainte et merci à vous! " Son titre de Bourgeois d'honneur, Jean-Pierre Balmat ne l'aura pas volé. Syndic, municipal, président de paroisse, membre de l'Harmonie de Terre Sainte et de l'Amicale des sapeurs-pompiers, cet expert-comptable de 68 ans a plus que mouillé sa chemise pour sa région durant plus de 30 ans. Samedi soir, ils étaient donc nombreux à s'être déplacés à la salle communale du village pour rendre hommage à son engagement. Un engagement mené " avec grande intelligence et humanité " selon les mots de Serge Schmidt, actuel syndic de Tannay. Pour Jean-Pierre Balmat, l'honneur est double: c'est aussi la première fois que le village remet une telle récompense.

Farvagny, Kinshasa, Tannay

Le Bourgeois d'honneur n'est pourtant pas un enfant du village. C'est dans le canton de Fribourg qu'il a grandi. A Farvagny-le-Grand, précisément. Tout jeune, il y développe sa fibre politique. " Je m'étais engagé dans les Jeunesses radicales. Nous luttions dur contre les conservateurs ", raconte-t-il. Parallèlement à ce premier combat, il passe son CFC de comptabilité. Un sésame pour la vie active mais aussi un passeport pour l'Afrique. Au début des années 1960, la fiduciaire qui l'emploie est mandatée par le Congo pour superviser la mise en place de la nouvelle administration du pays. Accompagné par un groupe d'experts, le jeune comptable s'envole pour le Continent noir. " Nous sommes arrivés juste à la fin de la guerre civile. Le pays venait de déclarer son indépendance. Nous étions très mal vus par les Belges et la population locale ", raconte Jean-Pierre Balmat. Il sera même arrêté et assigné à résidence. Mais il ajoute: " se retrouver là-bas, à 20 ans, c'était une expérience incroyable! "

A 26 ans, fini l'aventure. " J'en avais un peu marre d'être tout seul ", explique-t-il. Alors, il épouse Marie-Claire (qui lui donnera deux fils) et s'installe à Genève. Mais cette ville, il ne l'aime pas trop. Exilé, le Fribourgeois cherche le contact et la proximité, ce qu'il ne parvient pas à trouver au bout du lac. " Je n'arrivais pas à m'engager dans cette ville, c'était trop grand pour moi! " En 1977, départ pour Tannay. La commune ne compte alors que 450 habitants. Il s'y sent comme un poisson dans l'eau. Signe du destin: au moment où le couple Balmat s'installe au chemin du Molard (il y vivra durant 35 ans), le village est en pleine élection.

Petites révolutions

" Je suis incisif et hyperactif. C'est pour ça qu'on vient toujours me chercher! " Rapidement, Jean-Pierre Balmat intègre le Conseil du village. Il sera ensuite municipal des finances de 1986 à 1993 et syndic de 1994 à 2001. Parmi les hauts faits de sa syndicature? La création de l'école primaire, la construction du vaste bâtiment communal au centre du village ou encore l'achat de terrains. " Une pratique pas courante à l'époque ", précise-t-il.

Ce fan du Servette FC l'affirme: il n'y a pas de point noir dans son parcours politique. Par contre, il y a un point "chaud": la bagarre menée contre l'Union des Communes vaudoises (UCV). " En 1999, le président de l'UCV a proposé au Conseil d'Etat de réduire les différences entre les taux d'imposition des localités vaudoises ." Selon l'ancien syndic, le comité de l'union ne prenait pas en compte les intérêts des villages dans sa démarche. Il monte aux barricades avec Jean-Pierre Dériaz, alors syndic de Coppet. " L'UCV était une institution sacrée, il ne fallait pas y toucher. Lors d'une assemblée de l'union, je me suis fait huer par 2000 personnes! " Mais le combat payera puisqu' il débouchera sur la création de l'Association de Communes vaudoises.

Nouveau départ

Cette lutte fut rude. Trop rude. Elle marque la fin de l'engagement politique du syndic. " J'étais vidé. C'est là que j'ai décidé de quitter la Municipalité ". Quelques mois plus tard, c'est une épreuve bien plus difficile qui l'attend: son épouse est victime d'un AVC. Un gros pépin qu'elle surmontera grâce au soutien de sa famille et de son village. " Un groupe d'habitants s'était mobilisé pour la soutenir. Ils ont été formidables. " Aujourd'hui, c'est un nouveau départ pour Jean-Pierre Balmat. Début septembre, il a quitté Tannay pour s'installer à Nyon. Mais les liens qui l'unissent à la Terre Sainte sont désormais indéfectibles: " Bourgeois d'honneur, cela me permettra de garder un lien fort avec le village ", se réjouit l'heureux élu .