Trois hommes et un courage

Des jeunes agriculteurs ont choisi de s'associer, plutôt que de disparaître.

22 oct. 2013, 06:55
data_art_7468448.jpg

L'union fait la force. Cette devise pourrait être celle de Marc Bory, Yannik Melly et Ludovic Rillet, agriculteurs à La Rippe. Les trois jeunes associés viennent en effet d'inaugurer leur nouveau rural, idéalement situé au lieu-dit en Gollion dessous, au coeur de leurs 99 hectares de cultures. Après plus d'un an de travaux, l'étable de 3200 m 2 est prête à accueillir leur petite centaine de vaches laitières, tout juste revenues de l'alpage. " Nous devons encore terminer la partie réservée à nos 80 bêtes d'élevage et au stockage du fourrage. Notre priorité était de faire rentrer les vaches, après trois mois passés à les traire dehors ", précise Marc Bory, 33 ans. La mise à l'enquête de la ferme avait été déposée en février 2012, après plusieurs mois de négociations avec le canton et la commune. Un pari osé dans le contexte de morosité qui agite inlassablement le marché du lait. " De nombreuses personnes nous ont traités de fous. Mais nous avons ça dans le sang et nous y croyons dur comme fer ", lancent-ils avec enthousiasme.

750 000 kg de lait par an

Pas question pour autant de jouer les têtes brûlées. Pour s'assurer un avenir plus radieux, les Rippérans ont fait appel aux Laiteries Réunies Genève (LRG). " Nous voulions avoir des garanties sur la vente de notre production laitière à moyen terme ", explique Yannik Melly, 31 ans. Et là, bonne surprise, les LRG leur proposent de produire quelque 750 000 kg de lait par an, vendus 59 centimes le litre. Un contingent qui devrait leur permettre de rentabiliser leur exploitation. " Nous avons appris que la Suisse faisait face à une pénurie de lait d'environ 10%, tandis que des exploitations continuent de disparaître. Il est donc indispensable que les producteurs rescapés continuent d'approvisionner le marché ", poursuit le jeune agriculteur.

Mais les trois copains d'enfance, fils de paysans de génération en génération, ne le cachent pas. " Nous aurions probablement renoncé si nous n'avions pas eu le projet de nous associer. " Une position radicale, qu'ont déjà adoptée bon nombre de leurs contemporains: s'unir ou mourir. " La plupart jettent l'éponge lorsque le père arrive à la retraite. Ils reconvertissent alors leurs vaches laitières en allaitantes et /ou décident de se consacrer à la culture des céréales ", remarque Ludovic Rillet, 32 ans. C'est que l'idée de faire ménage à trois ne semble pas courir les pâturages. " Les paysans sont des indépendants qui ont leurs propres habitudes de travail. C'est un peu la culture du chacun pour soi ", avouent-ils dans un large sourire. Et il y a la question du patrimoine. Là encore, les trois compères ont tout prévu. " Nous nous sommes mis d'accord sur le fait que chacun restait propriétaire de ses bâtiments et de ses terres, l'association étant par contre propriétaire de l'exploitation et du bétail ", précise Marc Bory.

Meilleure qualité de vie

Une façon intelligente de réduire les coûts de production, de s'assurer une meilleure qualité de vie et d'offrir à nos animaux un confort optimal. " La charge de travail était trop lourde par rapport au nombre de bêtes. Avec cette ferme en commun, nous devrions gagner un peu de temps libre ", se réjouit l'agriculteur, qui est aussi père d'un petit garçon. Un futur repreneur? " Difficile de faire des prévisions à long terme dans un contexte aussi délicat. Tout ce que nous espérons, c'est de pouvoir continuer à produire du lait les trente prochaines années ", concluent-ils. Et si par malheur la chance devait tourner, les malins ont un plan B: convertir leur rural en parc de machines ou en local d'engraissement du bétail.