"Une autre forme d'existence"

Immersion dans le squat "Le Ruclon" qui ferme ses portes ce jour.

14 janv. 2013, 00:01
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Retrouvez demain le deuxième volet de notre série: le Quatorze, collectif de squatteurs à la rue de la Combe.

aguenot@lacote.ch

En une année, la ville de Nyon aura vu naître pas moins de cinq squats sur son territoire. Certains sont toujours sur pied, d'autres n'ont connu qu'une existence éphémère (lire ci-contre). Aujourd'hui même, c'est le Ruclon, ferme squattée sur le terrain de la Petite Prairie, qui ferme ses portes. Sur décision du Tribunal des mesures de contrainte et d'application (4 décembre dernier), ses occupants doivent en effet quitter les lieux pour laisser place au chantier du vaste projet immobilier la "Petite Prairie".

 

Flashback

 

Début décembre, suite à l'annonce de cette expulsion, La Côte était parti à la rencontre de ces squatteurs pour tenter de cerner leurs motivations.

" Les trois premiers jours sont toujours les plus stressants. C'est là que les flics peuvent arriver ." Installé dans une vieille caravane qu'il est en train de "retaper", Alex * , la petite vingtaine, se remémore les premières heures d'occupation de la ferme de la Petite Prairie. " Le troisième jour, ils sont finalement venus. Pour constater qu'on était là. Mais, sans autorisation du juge, ils n'ont rien pu faire de plus. " C'était le 3 novembre 2011. Depuis, la police n'est plus revenue.

Plus d'une année après, les lieux abritent une vingtaine d'occupants venus de la région mais aussi d'Italie, d'Espagne ou encore des Etats-Unis. Sans oublier poules, cochons et chiens qui constituent la basse-cour du plus important squat nyonnais, en terme de longévité mais aussi en raison du nombre de ses occupants. " Ici, personne n'a de travail salarié mais aucun d'entre nous n'est au social. Nous avons tous terminé l'école. Nous avons tous des papiers ", tient à préciser Alex.

 

Un mode de vie radical

 

Etonnamment, ce n'est pas la crise du logement qui figure au rang des motivations du collectif. Plutôt des convictions radicales, proches de l'idéologie punk de la fin des années 1970. " Nous voulons expérimenter une autre forme d'existence, sans domination, sans hiérarchie et sans argent ", affirme-t-il sans détour. Utopiste? A l'en croire, le système a fonctionné. Avec quelques animaux, en cultivant leurs propres légumes et en récupérant la nourriture invendue dans les supermarchés, les occupants de la ferme sont parvenus à subsister durant plus d'une année. " On a aussi mis sur pied un magasin gratuit avec de la nourriture. Une trentaine de personnes venaient chaque semaine. " Parmi les bénéficiaires externes de ce magasin gratuit, il se souvient notamment d'une octogénaire qui fréquentait régulièrement les lieux. " Elle m'expliquait qu'elle et son mari n'avaient que 400 francs par mois pour se nourrir. Elle repartait tous les jours avec un sac plein ."

 

Ils ne s'opposeront pas

 

Expulsion oblige, l'heure est au bilan. Alex estime que l'aventure a plutôt " bien fonctionné ". Outre sa bonne organisation côté nourriture, le Ruclon se vante d'avoir mis sur pied quelques événements culturels alternatifs marquants dont des concerts punks - qui auraient drainé plus d'une centaine de personnes - et même un festival de cinéma underground. Le collectif est en effet parvenu à mettre sur pied une salle de cinéma dans l'une des granges du domaine qu'il occupe. Quant à leur évacuation, le jeune squatteur affirme que le collectif ne s'y opposera pas. " Ce serait un combat entre David et Goliath ", déclare-t-il. Aujourd'hui, la bande va donc devoir trouver à se loger. " Ce qui rend les choses difficiles, c'est les animaux. On ne peut pas aller n'importe où avec eux ", explique - il. Mais on trouvera. Les maisons vides, tout le monde sait où elles se trouvent. Le bouche à oreille fonctionne bien ", conclut-il.

*Prénom d'emprunt