VIDEO: les cormorans, protégés mal-aimés, 1ère partie

L'oiseau a ses partisans et ses détracteurs. Un film pédagogique expose les avis des uns et des autres.
11 mai 2017, 00:29
/ Màj. le 12 mai 2017 à 10:30
Des cormorans de Préverenges.

«Le cormoran est un sujet d’actualité polémique. Il n’y a pas de solution simple le concernant», explique Jean-François Rubin, le conservateur de la Maison de la rivière, à Tolochenaz. «Il y a les pour et les contre. C’est un excellent sujet de débat sur la protection de la faune», ajoute son homologue du Musée du Léman, à Nyon, Lionel Gauthier. «Toutes les espèces sont bonnes à conserver avec des soucis potentiels que l’on doit gérer», complète leur collègue Michel Gauthier-Clerc, directeur du zoo de La Garenne, à Le Vaud.

Les trois institutions de La Côte ont décidé d’unir leurs moyens pour présenter un film pédagogique (voir ci-dessous), à l’attention notamment des écoles, et réalisé par la société ORCA Production de Nyon. Outre le fait qu’il propose un éclairage sur le «corbeau de mer», ce reportage montre que la gestion de la nature n’est pas manichéenne. Entre les protecteurs de ces oiseaux et les pêcheurs qui en subissent les nuisances, deux argumentaires s’opposent.


«Mille sur le plus grand lac d’Europe, c’est rien!», Michel Gauthier-Clerc, directeur du zoo de La Garenne, Le Vaud


Si, dans les années 1960, repérer un cormoran sur le Léman relevait de l’exceptionnel, tel n’est plus le cas depuis que les pays scandinaves ont décidé, dans les années 1990, de mettre sous protection les sites de nidification. Les volatiles ont commencé à devenir plus nombreux en Suisse et à nicher dans les années 2000 sur les rives du lac de Neuchâtel, puis au bord du Léman, où l’espèce est protégée depuis 2011.

Dans le film, il est indiqué que la population aux abords du Léman est de l’ordre du millier d’oiseaux à la mauvaise saison, lorsque les hivernants s’ajoutent aux nicheurs. Les migrateurs, qui font une halte sur les rives du lac au cours de leur voyage, ne sont pas compris.

Un millier? Le chiffre est sous-estimé, selon les pêcheurs. Autant de becs à nourrir, calculent-ils, à raison de 500 grammes de poisson par jour qu’ingurgite cet oiseau capable de plonger dans des eaux profondes. Donc autant de manque à «pêcher», soulignent-ils. De son côté, Michel Gauthier-Clerc veut relativiser l’importance de la présence de l’espèce, sans vouloir pour autant minimiser son impact. «Mille sur le plus grand lac d’Europe, c’est rien!», analyse-t-il.


«Il faut renaturaliser les cours d’eau. C’est ce que nous avons fait au Boiron de Morges et nous n’avons aucun problème», Jean-François Rubin, conservateur de la Maison de la Rivière, Tolochenaz.


«Il y a des intégristes dans tous les milieux», commente l’ornithologue de Féchy Bernard Genton, qui se veut nuancé. Ce spécialiste fait un distinguo entre les nicheurs et les autres et constate que beaucoup de choses erronées circulent au sujet des cormorans. Par exemple, il note qu’ils ne se nourrissent pas d’omble chevalier, poisson qui se déplace dans des eaux inaccessibles pour eux. En revanche, il s’attarde sur la problématique des arbres blancs recouverts de guano, notamment du côté de Bursinel, où réside une colonie. Même l’arbre emblématique sur l’île de la villa Choisi, à Bursinel, où séjourna Winston Churchill, est mort asphyxié.

Bursinel, certes, mais la communauté la plus importante se trouve au dortoir des Grangettes, au bord du delta du Rhône. «Dans cette région, ils font un carton», commente Jean-François Rubin, qui relève que plus une rivière est large, plus ces oiseaux sont à leur aise pour repérer leurs proies. Il émet une hypothèse pour limiter leur présence. «Il faut renaturaliser les cours d’eau. C’est ce que nous avons fait au Boiron de Morges et nous n’avons aucun problème», conclut-il.

Ceci étant, de l’avis d’un pêcheur, le pire ennemi n’est pas le cormoran mais l’écrevisse américaine, qui mange les œufs de perche et de féra. Et là, point de débat, tout le monde s’accordant à dire que son développement exponentiel est source de nuisances. Ce film de huit minutes est à découvrir sur les sites des trois institutions.

Biosphère - Le Grand Cormoran from ORCA Production.

 

par Marie-Christine Fert