Le chamane et la pensée de la forêt au Musée d'ethno de Genève

Le chamanisme amazonien est à l'honneur au Musée d'ethnographie de Genève dès vendredi. Parures de plumes, sarbacanes, instruments de musique ou nécessaires pour la prise d’hallucinogènes, 500 objets, photos et films sont présentés jusqu'au 8 janvier.
18 mai 2016, 14:22
Une exposition sur l'esprit chamanique et sur l'esprit de la forêt amazonienne jusqu'en janvier 2017

Le MEG conserve l'une des plus importantes collections ethnographiques amazoniennes d'Europe, tant par la qualité des objets, leur provenance, la diversité des cultures qui y sont représentées, que par le nombre, près de 5000 pièces. C'est ce patrimoine exceptionnel qui est présenté pour la première fois depuis des décennies, a indiqué mercredi le directeur du MEG Boris Wastiau devant la presse.

Intitulée "Amazonie. Le chamane et la pensée de la forêt", l'exposition se veut un témoignage sur l'histoire et le devenir des peuples autochtones. Depuis l'arrivée des premiers colons sur leurs terres, ils résistent tant bien que mal à la destruction de leur univers et leur population a diminué de près de 80% au cours des cinq derniers siècles.

Le plus grand pays amazonien, le Brésil, ne compte aujourd'hui que 700'000 indiens, répartis en 237 ethnies, dont certaines ne comptent que quelques centaines de représentants. Rien qu'au Brésil, la perte de population indigène est estimée entre 12 et 15 millions d'individus, tués par les maladies exogènes et les violences.

Portraits de leaders

Une série de portraits de leaders indiens, qui luttent pour le respect des droits des peuples autochtones, ponctue le parcours, tout comme des photographies d'archives ou contemporaines. L'exposition fait la part belle à la musique. Une installation sonore plonge le public dans la pensée animiste de la forêt.

Sont présentés des objets issus d'une trentaine d'ethnies de neuf pays du bassin amazonien: les Kayapó, les Wayana, les Yanomami, les Ka'apór, les Karaja, les Shuar (Jivaro), les Ticuna, les Bororo, notamment. Ces communautés, disséminées dans la plus vaste forêt de la planète (6 millions de km2), englobent des citoyens du Brésil, du Venezuela, d'Équateur, du Pérou, de Bolivie, de Colombie, du Suriname, du Guyana et de Guyane française.

Transe chamanique

Les chamanes amazoniens utilisent souvent des substances hallucinogènes pour atteindre un état de transe. Le sujet peut ainsi "quitter son corps", se déplacer dans des mondes parallèles, y prendre des apparences différentes, dialoguer avec d'autres espèces, voir, entendre et ressentir ce qui est inaccessible au commun des mortels, a relevé M. Wastiau.

Selon les cultures, la pratique de la transe chamanique peut recouvrir des formes très différentes, individuelle ou collective, de jour ou de nuit, accompagnée ou non de chants ou de musique. Les chamanes sont considérés comme des "clairaudiants" reproduisant des mélodies soufflées par les esprits de la nature.

Le MEG expose de nombreux objets faisant partie de leur panoplie, ainsi qu'un choix de musiques. Les chamanes amazoniens ont une connaissance très élaborée de la pharmacopée disponible dans leur environnement, et les processus d'élaboration des substances psychotropes sont très complexes, a souligné le directeur.

Un outil pour faire l'histoire

Par ailleurs, le chamanisme n'est pas seulement utilisé pour la guérison des maladies, mais aussi pour la chasse et la guerre, par exemple. "La mythologie est un outil pour faire l'histoire", précise M. Wastiau. Elle permet d'intégrer les événements nouveaux.

Ainsi, les prêtres débarqués dans ces contrées il y a plusieurs siècles ont d'abord été considérés comme des chamanes, et les rituels chamaniques ont adopté des éléments chrétiens qui y persistent aujourd'hui encore. Un bateau à vapeur dessiné sur une parure rituelle est un autre exemple de ce type d'assimilation.

L'exposition propose un espace structuré en quatre volumes bien distincts: une allée sinueuse évoquant les méandres d'un affluent de l'Amazone, une canopée au travers de laquelle percent les rayons d'un soleil qui se déplace d'heure en heure, une zone de forêt dense évoquée par des textiles ajourés et finalement, en fin de parcours, une structure évoquant la forme d'une maison traditionnelle circulaire yanomami.

En marge de l'exposition, une sélection de photographies fait l'objet d'une présentation itinérante en Ville de Genève. Renseignements ici.