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Un millier à vivre sans papiers

Deux pétitions pour la régularisation de deux familles en situation illégale ont été remises au Grand Conseil.

19 déc. 2012, 06:38
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Ils vivent en Suisse depuis de nombreuses années, ont un emploi fixe, leurs enfants sont généralement scolarisés mais, au regard de la loi, ils sont "clandestins". Selon les chiffres avancés par le Collectif de défense des sans-papiers de La Côte, ils seraient près d'un millier dans la région à vivre ainsi dans l'ombre. Actuellement, ce collectif créé en 2002 soutient six démarches de régularisation entreprises par des clandestins. Il est également en contact régulier avec bon nombre de sans-papiers de la région afin de répondre quotidiennement à leurs questions touchant au travail, au mariage et aux assurances sociales.

Hier après-midi, à Lausanne, le collectif est sorti du bois pour remettre dans les mains de Philippe Martinet, président du Grand Conseil, deux pétitions en faveur de la régularisation de deux familles clandestines (ces dernières souhaitent garder l'anonymat). Elles sont venues du Kosovo à la fin des années 90. Aujourd'hui, l'une réside à Founex, l'autre à Gland. Les hommes travaillent dans la restauration tandis que leurs compagnes font des ménages et s'occupent des enfants. " Je n'ai pas le pouvoir d'influer sur les décisions de Berne ", a déclaré le président du Grand Conseil. Mais il y a un peu d'espoir. Les autorités fédérales ne sont pas insensibles à ce genre de démarche ." Avant d'atterrir sur les bureaux de l'Office fédéral des migrations, les deux pétitions (863 signatures au total) devront d'abord franchir une première étape: recevoir l'aval du Grand Conseil.

 

"Une vraie hypocrisie"

 

Pour Pierre Strauss, président du Collectif de défense des sans-papiers, les deux demandes présentées à Lausanne font figure de " cas typique s". Les pères de chacune des deux familles sont venus tout d'abord seuls de leur pays natal en pleine guerre. Après quelques mois ou années à faire des "petits boulots", ils ont finalement trouvé du travail dans la restauration sur La Côte et y exercent depuis une dizaine d'années. " Les sans-papiers se retrouvent fréquemment dans ce domaine d'activité mais aussi dans l'hôtellerie et le paysagisme. Mais en les engageant, les employeurs se mettent en position d'infraction pour travail au noir. Il sont alors amendés ", explique Pierre Strauss.

Quelques années plus tard, leurs compagnes les rejoignent et donnent naissance à leurs enfants sur le sol helvétique. Malgré leur statut précaire, les enfants de clandestins peuvent tout de même être scolarisés si les parents ne se voient pas forcés de quitter le territoire. Une fois adolescents, ils pourront également briguer une place d'apprentissage. " Ce qui est révoltant, c'est que tout le monde a besoin de ces gens qui exercent des métiers que personne ne veut faire. Il y a une vraie hypocrisie là autour! ", s'exclame le président du collectif.

Aujourd'hui, avec l'aide du collectif de Pierre Strauss, les deux familles de Founex et Gland tentent donc de mettre un terme à plusieurs années d'angoisse. L'angoisse du contrôle policier et, par conséquent, de l'expulsion. Mais les chances de voir aboutir positivement ces demandes sont faibles.

 

Parcours du combattant

 

Car si elles sont acceptées par le Canton, cela n'est pas pour autant gage de réussite. La famille de Gland a d'ailleurs pu en faire l'amère expérience. En 2006, alors sans enfant, le père avait déjà entrepris ce type de démarche. La demande avait reçu le soutien des autorités cantonales jusqu'à ce qu'elle soit stoppée par le refus de Berne. Aujourd'hui père de famille, il retente sa chance car il a désormais un argument supplémentaire. " Une nouvelle demande est toujours possible quand un événement marquant, tel qu'une naissance ou l'obtention d'un emploi, intervient dans le parcours du clandestin. Et puis, plus la démarche dure depuis longtemps, plus elle a de chances d'aboutir ", commente Pierre Strauss. Les chiffres avancés par le collectif laissent toutefois songeur. Depuis 2004, il aurait servi de relais à une trentaine de demandes qui ont toutes été refusées par Berne. " Mais c'était sous l'ère Blocher. Cela explique peut-être aussi ces échecs ", conclut-il.

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