11.10.2016, 00:01  

Le graphisme intégrateur et joyeux

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Ci-dessus, de gauche à droite: Alev Demir, Emilie Adler, Anja Ottiger, Caroline Faivre, Joakim Hoff, Yves Portenier, Isabel Montserrat, Ursula Künzi.  En haut à droite: Yves Portenier et Isabel Montserrat, les deux créateurs de Sweet Rebels. En bas à droite: Caroline Faivre avec les deux stagiaires Alev Demir et Anja Ottiger

 11.10.2016, 00:01   Le graphisme intégrateur et joyeux

NYON - L’atelier de design Sweet Rebels travaille depuis quelques mois avec des handicapés de Lavigny et de l’Espérance.

maxime maillard

mmaillard@lacote.ch

Yves Portenier est un créatif au parcours classique: après avoir travaillé dans de grandes agences de communication, il décide de lancer la sienne. A Nyon, il crée Twist en 2008, dans un souci affiché de responsabilité sociale, d’inclusion et de développement durable. Une démarche louable, qui s’inscrit dans la tendance actuelle d’un business branché, engagé socialement, et...

maxime maillard

mmaillard@lacote.ch

Yves Portenier est un créatif au parcours classique: après avoir travaillé dans de grandes agences de communication, il décide de lancer la sienne. A Nyon, il crée Twist en 2008, dans un souci affiché de responsabilité sociale, d’inclusion et de développement durable. Une démarche louable, qui s’inscrit dans la tendance actuelle d’un business branché, engagé socialement, et soucieux de son image.

Mais quelques années plus tard, il approfondit son cheminement, et fonde Sweet Rebels, un atelier de graphisme et de design qu’il veut concrètement intégrateur. Rejoint fin 2013 par Isabel Montserrat, formée à Barcelone à la responsabilité sociale en entreprise, le tandem encadre deux fois par semaine quatre personnes en situation de handicap mental et deux stagiaires en arts visuels. Dont Alev Demir, réfugiée kurde, qui a récemment démarré un apprentissage de graphiste en Suisse.

L’équipe s’est constituée pas à pas depuis septembre 2015, en collaboration avec les institutions de Lavigny et de l’Espérance (Etoy), les écoles de graphisme de la région et le service cantonal des réfugiés. «Nous cherchions une variété dans l’expression, des gens qui puissent s’investir à moyen terme et ayant acquis une certaine autonomie», explique Yves Portenier.

Dans le hall spacieux des nouveaux locaux de Sweet Rebels, à la route de Saint-Cergue, les graphistes en herbe s’activent. Sur la table, des pots de peinture, des crayons, du papier. Joakim Hoff dessine les contours de personnages sur un fond en arc-en-ciel. Bonnet de Noël sur la tête, Ursula Künzi multiplie les étoiles tandis que Caroline Faivre peaufine la rédaction d’une phrase.

Mandat pour les HUG

Des réalisations qui viendront peut-être façonner l’identité graphique d’une institution, d’un commerce ou d’un événement. L’atelier a déjà mis son savoir-faire au service des bouteilles d’eau minérale d’Opaline Factory, du Lions Club La Côte ou de la société d’événementiel 47 Degrees. Dernier mandat en date: une signalétique pour le déménagement des Hôpitaux universitaires de Genève dans leur nouveaux bâtiments. Plusieurs affiches ont ainsi été créées à partir des dessins des quatre pensionnaires de Lavigny et de l’Espérance. «Le but, c’est qu’ils aillent où leur élan les porte; souvent, c’est très bon parce que c’est simple, une qualité essentielle pour un message publicitaire.»

De l’aveu d’Isabelle, l’activité collaborative en atelier a un effet positif sur les personnes handicapées. «Au début, elles ne voyaient que ce qu’elles faisaient; et au fil du temps, en les incitant à réagir, en les emmenant voir des expositions (ndlr: comme à la Collection de l’Art Brut de Lausanne). Ça nourrit leur imaginaire et elles s’ouvrent au travail des autres.»

Si les synergies créatives vont bon train, les deux entrepreneurs ne cachent pas leurs difficultés financières. «Quand on a lancé le studio, on se disait que l’activité de Twist permettrait de supporter les frais de Sweet Rebels.» Sauf qu’une grosse baisse d’activité est passée par là, les obligeant à vivre sur leurs économies.

Opération crowdfunding

Et les demandes de subventions effectuées auprès de la Confédération ou de Nyon n’ont pas abouti. «Daniel Rossellat nous a dit que la ville ne pouvait pas subventionner une entreprise.On ne rentre pas dans les cases administratives, car nous ne sommes pas une institution.» C’est pourquoi une opération de crowdfunding a été lancée sur les réseaux sociaux il y a quelques semaines. Histoire de payer le loyer et les salaires. Pour l’heure, les rétributions perçues par les personnes en situation de handicap sont prises en charge par Lavigny et l’Espérance selon les tarifs pratiqués en atelier protégé (entre 40 centimes et 1,50 franc de l’heure), leur survie financière étant assurée par l’assurance-invalidité.

Eviter la faillite, poursuivre l’aventure coûte que coûte, c’est ce à quoi s’attelle l’équipe, en créant des gifs animés sur Facebook en soutien à la collecte de fonds. Chaque semaine, ils y proposent une pensée du jour, inspirée d’une citation célèbre. «La créativité, c’est l’intelligence qui s’amuse» (dixit Einstein) est ainsi devenue: «Quand quelqu’un est heureux, il pense à beaucoup de choses».

INFO +

www.sweetrebels.org

Campagne de crowdfunding:

www.fundeego.com


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