Elections vaudoises - A la recherche de l'équilibre

Des équilibres "très subtils" seront à trouver dans le canton de Vaud pour la prochaine législature, analyse lundi le politologue René Knüsel. Surtout que des thématiques lourdes risquent de resurgir, notamment le coût de la forte croissance.
05 août 2015, 15:53
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39

Avec le socialiste Pierre-Yves Maillard et trois PLR Pascal Broulis, Jacqueline de Quattro, Philippe Leuba élus au premier tour, le Conseil d'Etat devrait rester à gauche le 1er avril. L'UDC Claude-Alain Voiblet, qui arrive en huitième position, a très peu de chance de combler son retard de près de 10'000 voix, estime le professeur à l'Université de Lausanne (UNIL) interrogé par l'ats.

L'UDC, comme son candidat, est en plein "paradoxe". Son côté un peu provocateur lui a valu de progresser et de parvenir dimanche à 27 sièges (+1), deux de moins que les radicaux. Pourtant, malgré une tentative de "rentrer dans le rang", le pouvoir lui échappe au niveau de l'exécutif. Comment concilier "un changement de style" avec un discours musclé, c'est une question à laquelle l'UDC peine à répondre, remarque le politologue.

Art de gouverner

Le résultat du second tour ne fait cependant "aucun doute". L'électeur de gauche est discipliné et devrait assurer l'élection de la verte Béatrice Métraux et des socialistes Anne-Catherine Lyon et Nuria Gorrite. "Les Vaudois ont plébiscité la formule gouvernementale et marqué leur préférence" en désignant Pierre-Yves Maillard comme l'homme fort du collège, "tout en contrebalançant l'effet en désignant d'emblée trois PLR".

Face à ce gouvernement de centre-gauche, le parlement devient "plus composite", mais reste à droite, avec même un léger renforcement, vu la progression des Vert'libéraux qui passent à sept sièges (+4). Dans ce contexte, il faudra pratiquer un véritable "art de gouverner" si l'on entend poursuivre les projets en cours dans le canton, selon René Knüsel.

Obligation de composer

Sur "des objets symboliques" qui "fédèrent sous un panache" comme la place de l'Etat ou le financement des partis, les opinions politiques peuvent être tranchées et donner lieu à des affrontements idéologiques clairs, admet le politologue. Pour le reste, "ce n'est pas exceptionnel en politique" de voir un hiatus entre un exécutif de gauche et un législatif de droite qui se retrouvent dans l'obligation de "composer".

"L'héritage de la législature qui s'achève est tout à fait acceptable" pour le nouveau gouvernement, estime René Knüsel. "Une sorte d'équilibre" devra être trouvé entre les pouvoirs, ce qui pose vite la question du poids de la présidence, unique en terres vaudoises puisqu'elle dure cinq ans.

Découplage possible de la présidence

La reconduction du système actuel, qui additionne la fonction suprême et le département clé des finances, semble problématique aux yeux du politologue. Pierre-Yves Maillard président, Pascal Broulis aux finances? C'est une possibilité, mais le socialiste "n'est pas ambitieux à ce niveau", juge-t-il.

Face à la critique d'une campagne terne, arrangée en quelque sorte par les états-majors des partis pour préparer le lendemain des élections, René Knüsel relève que la démocratie directe permet "de faire surgir des thématiques par des canaux inattendus. Des fous du roi, des Franz Weber" seront toujours là pour mettre au jour ce que le monde politique rechigne à débattre.

Le coût de la croissance

Les conséquences du fort développement économique et démographique vaudois constituent un bon exemple de ces enjeux. "Le coût de la croissance, notamment pour tout ce qui touche à la sphère urbaine et aux répercussions pour la population" risque de s'imposer à l'agenda.

Péjoration de la qualité de vie, densité de l'habitat et du trafic, prix des loyers, ce sont de vrais problèmes qui pourraient entraîner "des retours de balanciers dans les urnes totalement inattendus". La poussée des Vert'libéraux peut d'ailleurs s'expliquer ainsi: des gens de droite qui tiennent à leur confort, mais qui veulent ouvrir la réflexion par exemple en matière énergétique. Leur succès explique en partie le fort recul des Verts, avec cinq sièges perdus.