Rixe à Monthey - Douze mois de prison ferme

Le procureur a requis 26 mois de prison dont douze ferme contre l'ex-ami de Rachel. L'accusé comparaissait mardi en appel devant le Tribunal cantonal valaisan pour avoir tiré un coup de pistolet à plomb sur un jeune homme, le privant de l'usage de son oeil.
03 août 2015, 19:44
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
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Pour le procureur André Morand, l'accusé n'a pas agi en situation de légitime défense, comme le soutient son avocat. Ce 20 décembre 2006, vers 18h00 en ville de Monthey (VS), il était "prêt à tirer avec son pistolet à plomb qu'il portait sur lui. C'était un acte de vengeance délibéré", a-t-il affirmé.

Le Ministère public s'appuie notamment sur "la pièce principale du dossier", à savoir un enregistrement dans lequel on entend l'accusé au moment des faits: craignant que la situation ne dégénère, il téléphone à la police lorsqu'il interrompt sa conversation et dit à la victime qui s'approche de lui: "Viens, viens, tu vas voir ce qui va t'arriver".

"L'accusé a provoqué la victime et lorsqu'elle s'est trouvée à deux mètres de lui, il lui a tiré dans la figure", a affirmé André Morand. Pour apprécier s'il devait conclure à une tentative de meurtre, le procureur a, comme en première instance, sollicité un essai de tir. Ce dernier lui a été refusé en début d'audience par la cour.

Acquittement demandé

Le ministère public a qualifié le jugement de première instance de "bizarre". Selon lui, le tribunal de Martigny (VS) a adopté une version des faits unilatérale et n'a retenu que les contradictions qu'il voulait bien retenir.

"Quand vous lisez que le "viens, viens..." lancé par l'accusé dans l'enregistrement est interprété comme un "n'approche pas" censé tenir la victime à distance, vous perdez toute confiance en ce jugement", a indiqué André Morand.

L'avocat de l'accusé, Me Pascal Junod a, quant à lui, plaidé la légitime défense, voire l'excès de légitime défense excusable, et demandé l'acquittement de son client. Il a tenté de démontrer que l'ex-ami de Rachel n'avait pas visé le visage de la victime et qu'il s'agissait "d'un accident involontaire".

Il a relativisé la dangerosité du pistolet à plomb utilisé, soulignant qu'il n'est pas considéré comme une arme par la législation et ne peut, selon lui, causer la mort.

Justice "à deux vitesses"

Pour Me Henri Carron, avocat de la victime, son client a fait les frais d'une justice à deux vitesses et d'un parti pris. Les 18 mois avec sursis infligés à l'accusé par le tribunal de Martigny constituent, selon lui, une peine trop basse pour des lésions corporelles graves ayant entraîné un handicap permanent.

Lors de son audition, l'accusé a donné parfois une version différente de celle présentée en première instance. Il a notamment nié pour la première fois être celui qui dit "viens, viens..." dans l'enregistrement, attribuant ces propos à sa victime.

Cette volte-face a provoqué l'incompréhension du procureur et la réaction immédiate de l'avocat de la victime qui a demandé une expertise. La cour a alors indiqué disposer de cet enregistrement et être en mesure de déterminer qui a prononcé ces mots.

Altercation

Pour mémoire, ce fameux 20 décembre 2006, Rachel était en voiture avec son ami. Elle est sortie lorsque la victime, à pied, a donné un coup dans l'arrière du véhicule. C'est peu après une brève altercation entre la jeune femme et la victime que l'accusé a tiré avec son pistolet à plomb.

Le jeune homme touché avait 17 ans au moment des faits. Il a perdu un oeil et a dû interrompre son apprentissage. Il n'a pas retrouvé de travail depuis. Le jugement du Tribunal cantonal sera prononcé ultérieurement.