Les négociations ouvertes lundi pour les employés de 24 heures

Malgré le soutien des sphères politique, culturelle et sportive, les salariés de Tamedia Publications romandes représentés par une coordination ne sont pas encore fixés. Ils attendent des actes de la part de leur direction pour sauver l’emploi et maintenir un journalisme de qualité à 24 heures et la Tribune de Genève. Les différentes parties se retrouvent lundi pour négocier.
07 oct. 2016, 17:47
/ Màj. le 07 oct. 2016 à 18:14
Des spectateurs brandissent une banderole "Carton rouge à Tamedia pour avoir taclé 24 Heures" lors du match Lausanne-Lugano.

«Nous allons nous retrouver lundi et mardi prochains pour parler de notre avenir.» Au bout du téléphone, Karim Di Matteo, le porte-parole des employés de 24 heures, est inquiet. Il ne veut pas envisager que ce plan d’accompagnement vers la sortie - pour plus d’une quinzaine d’employés de son journal - se fasse sans avoir pu négocier le sauvetage d’un maximum d’emplois. La direction a refusé de rencontrer les conseillers d’Etat Philippe Leuba et Pierre Maudet qui proposaient d’être des médiateurs. Elle a aussi refusé d’entrer en matière sur la notion de licenciement collectif, l'entité étant Tamédia Publications Romandes (plus de 300 employés) et non 24 heures ou la TDG. Tamedia a en revanche accepté de valider un protocole de pourparlers qui définit le cadre des négociations à venir.   

«On est tout à fait conscient que les ventes d’espace publicitaire de nos journaux régionaux reculent, mais on souhaite que Tamedia investisse dans nos journaux plutôt qu’il ne licencie.» Le groupe zurichois a tout de même engrangé plus de 300 millions de francs de bénéfices en 2015. Il a aussi payé son CEO environ 6 millions de francs. A la table des négos, en face des employés romands, le futur directeur des médias payants de Tamedia Publications Romandes est ferme. Serge Reymond n’est pas favorable au maintien de la masse salariale telle qu’elle est, si l’entreprise n’est pas rentable, et ce pour tous les titres du groupe.

Un nouveau projet éditorial

Une semaine après l’annonce des licenciements à 24 heures et à la Tribune de Genève, les employés ont réussi à obtenir, de la part de la direction, la possibilité de consulter des données chiffrées. «On essaye aussi d’avoir des informations sur le projet éditorial» explique Karim Di Matteo. Les réunions de négociation durent en tout deux fois cinq jours. Les chiffres connus de tout le monde, pour le moment, sont les suivants : 4 millions de francs à économiser dès la mise en place du plan de licenciement. Les employés devraient être fixés dans les quinze jours, 19 postes supprimés dont 16 licenciements à 24 heures et 12 postes supprimés dont 8 licenciements à la TDG.

Et la nouvelle formule du journal, arrivée en 2015, que deviendra-t-elle? Cette formule moderne qui prônait les valeurs d’un journal tous supports à une échelle vaudoise, avec des infos en continu dans toutes les rubriques déjà existantes mais avec une plus-value vidéo ou iconographique. Une formule avec une belle ambition, à la manière de journaux prestigieux de l’étranger... Qu’en est-il de son devenir? On ne sait pas. «Mais comment faire un journal tourné vers l’avenir et complètement en phase avec des lecteurs de générations différentes quand on licencie des journalistes?" questionne le représentant des employés de 24 Heures. Puis, au sujet du maintien des bureaux décentralisés du journal 24 heures à Nyon et ailleurs, là encore, c'est très flou: «on ne nous a pas parlé de fermeture des bureaux régionaux, mais c'est une crainte que nous avons.»

"Je suis Julie"

24 heures, qu’on appelle encore « La Julie » (comme la Tribune de Genève d’ailleurs), a reçu un soutien très important des grands acteurs de l’actualité vaudoise et plus largement romande. Des posters d’une régie lausannoise connue ont même été repeints avec le slogan «Je suis Julie», en référence au slogan qui avait été inventé juste après les attentats à Charlie Hebdo et à l'Hyper Casher de Paris. L’attachement des lecteurs est grand mais la pétition atteint pour le moment un peu plus de 3000 signatures... seulement. Gageons que de nouvelles interventions de la part des employés des deux journaux romands ou du monde politique à un niveau plus important que le seul niveau romand seront nécessaires pour faire bouger Tamedia. Des employés du journal iront à la rencontre des Vaudois demain sur le marché de la place de la Palud à Lausanne, l'occasion d'en savoir plus sur le moral des troupes et l'avenir d'un journal en grand danger.

par David Glaser