Genève: l’affaire de corruption présumée au sein de la police se dégonfle

A Genève, l’enquête portant sur les relations qu’entretenaient des policiers avec un tenancier d’un salon érotique n’a pas mis à jour des faits de corruption. Certains agents sont poursuivis pour avoir transmis des informations confidentielles à l’exploitant.
22 oct. 2021, 16:01
/ Màj. le 22 oct. 2021 à 16:01
Certains agents sont poursuivis pour avoir transmis des informations confidentielles à l'exploitant.

Outre ces violations de secret de fonction, des entraves à l’action pénale ont été découvertes. Une amende d’ordre a été annulée, a expliqué devant les médias le procureur général du canton de Genève, Olivier Jornot. Au niveau de la gravité, on se retrouvait dans cette affaire au bas de l’échelle, a indiqué le magistrat.

M. Jornot a néanmoins transmis à la commandante de la police genevoise Monica Bonfanti 29 dossiers de policiers, car il les estime limites sur le plan déontologique. Le tenancier du salon de massage partageait souvent des repas avec des policiers et quand il se rendait au poste des Pâquis, «il faisait partie de la boutique».

Ces questions déontologiques sont du ressort de la direction de la police et du département de la sécurité qui coiffe l’institution, a précisé M. Jornot. Selon le magistrat, les policiers avaient l’impression qu’avec cet exploitant de salon il tenait «un type formidable». Or, ce sont eux qui se trouvaient dans sa toile.

Terribles soupçons

Cette affaire, quand elle a éclaté en 2019, a fait l’objet des plus folles rumeurs. Des policiers auraient rabattu des prostituées pour le compte de leur ami tenancier, ils auraient participé à des parties fines, auraient obtenu du sexe gratuit et touché des enveloppes. L’enquête pénale n’a rien révélé de tout ça.

L’affaire a débuté avec l’arrestation en Valais, du patron des enseignes érotiques. En fouillant son téléphone, les enquêteurs ont eu la surprise de découvrir un nombre incalculable de messages et de photos le reliant à des policiers genevois aussi bien cantonaux que municipaux. La justice est alors intervenue pour y voir plus clair.

Un homme de réseaux

De nombreuses auditions ont été menées à la police et dans le milieu de la prostitution. «Nous avons alors trouvé des connexions entre des personnes», a expliqué M. Jornot. Au centre de ces réseaux se trouvait l’exploitant du salon, un individu doué d’une compétence sociale «au-dessus de la moyenne», habile à cultiver des amitiés.

L’homme, à la parole facile, a ainsi gardé le contact avec ses copains d’enfance devenus policiers. Ses liens avec des membres du groupe prostitution de la police sont le plus problématiques, aux yeux de M. Jornot, car ces fonctionnaires contrôlent les salons érotiques et délivrent les autorisations de travail.

Aux yeux du procureur général, la procédure pénale a mis en évidence «des comportements parfaitement inadmissibles». Une trentaine de policiers ont fait l’objet d’investigations. A ce jour, une ordonnance pénale est entrée en force, une autre est contestée. Trois procédures sont encore en cours.