L'extrême droite française ne remporte aucune région

L'extrême droite a échoué dimanche en France à gagner la moindre région, lors du dernier scrutin avant la présidentielle de 2017. Et ce malgré son succès historique au premier tour une semaine auparavant.

13 déc. 2015, 20:49
/ Màj. le 13 déc. 2015 à 22:30
Marion Maréchal-Le Pen a dû s'incliner devant Christian Estrosi en Provence-Alpes-Côte d'Azur.

L'extrême droite française n'a remporté dimanche aucune région au second tour d'un scrutin à fort suspense, après avoir engrangé des résultats record au premier tour. Cela est dû à la mobilisation des électeurs pour l'empêcher d'accéder au pouvoir.

Ces résultats, à 16 mois de la présidentielle de 2017, sont un camouflet pour les trois figures emblématiques du parti Front national: sa présidente Marine Le Pen, perdante dans le Nord, sa nièce Marion Maréchal-Le Pen qui a dû s'incliner dans le Sud, et Florian Philippot, stratège du parti, dans le Grand Est.

Selon des estimations provisoires, la droite et la gauche remportent au moins cinq régions chacune, sur treize au total en métropole.

"Le danger de l'extrême droite n'est pas écarté, loin de là", a réagi le Premier ministre socialiste Manuel Valls. Il a salué un "élan très digne" mais assuré que les résultats ne donnaient lieu à "aucun soulagement, aucun triomphalisme".

Ne pas oublier les avertissements

Marine Le Pen a dénoncé "un régime à l'agonie" dans une virulente déclaration. "Rien ne pourra nous arrêter", a-t-elle dit. Le chef de l'opposition de droite, Nicolas Sarkozy, contesté dans sa formation Les Républicains, a jugé que ces résultats ne doivent "sous aucun prétexte faire oublier les avertissements" du premier tour.

Selon le politologue Jean-Yves Camus, le résultat de ce dernier scrutin avant la présidentielle de 2017 "tend à confirmer qu'il y a une impasse pour le Front national: c'est un excellent parti de premier tour, mais il ne sait pas aller au-delà".

L'Alsace à la droite

Avec au soir du 6 décembre le plus fort score au niveau national (28%, et jusqu'à 40% dans le Nord et le Sud), le Front national avait terminé en tête dans deux des trois régions voisines de la Suisse, en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes ainsi qu'en Bourgogne-Franche-Comté.

En Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, le candidat de la droite, Philippe Richert, l'emporte au soir du second tour par 48,4% des voix, contre 36,4% au candidat FN, Florian Philippot.

La droite a par ailleurs ravi à la gauche au pouvoir la région parisienne (Île de France), la plus importante du pays. Avec ses alliés centristes, ils ont obtenu entre 43,2% et 44% des voix, contre 41,8 à 42,9% au Parti socialiste (PS) du président François Hollande, allié aux écologistes et aux communistes, qui dirigeait depuis 17 ans cette région pesant près d'un tiers du PIB français.

Mobilisation

La participation des Français au second tour a été nettement plus importante qu'au premier tour, signe d'une plus grande mobilisation. Cette semaine, Manuel Valls avait brandi la menace d'une "guerre civile" si le FN prenait le pouvoir.

La forte poussée du FN le 6 décembre a braqué les regards de l'Europe entière sur la France, et l'entre-deux tours avait été dominé par la mobilisation face à l'extrême droite. La gauche a sacrifié ses listes dans le Nord et le Sud en appelant à voter pour la droite.

Parti dédiabolisé

Parti europhobe et anti-immigrés, le Front national est à la tête d'une dizaine de municipalités en France, mais il n'a jamais dirigé aucune région. Fondé en 1972, il est présidé depuis 2011 par Marine Le Pen, qui a entrepris de dédiaboliser le parti en brandissant une "image différente" de celle beaucoup plus radicale et provocatrice imposée par son père Jean-Marie, co-fondateur du Front.

Signe de cette volonté de normalisation, Jean-Marie Le Pen a été exclu du parti en août, au terme d'un psychodrame aux accents familiaux, pour des propos réitérés sur les chambres à gaz pendant la Seconde Guerre mondiale, qualifiées de "détail de l'Histoire".