Les Pays-Bas interdisent l'atterrissage du vol du ministre turc Cavusoglu

L'avion du ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu n'a pas pu se poser samedi aux Pays-Bas. Ankara menace Amsterdam de représailles. La visite du ministre en Suisse dimanche est maintenue.
11 mars 2017, 12:18
/ Màj. le 11 mars 2017 à 18:22
Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, n'est pas le bienvenu aux Pays-Bas.

Les Pays-Bas ont empêché samedi le ministre turc des Affaires étrangères d'atterrir à Rotterdam. Cet incident est un nouvel avatar des tensions diplomatiques créées par la campagne référendaire qu'Ankara veut mener auprès de la diaspora turque en Europe.

La Turquie a convoqué le chargé d'affaires néerlandais à Ankara en signe de protestation, selon un responsable du ministère turc des Affaires étrangères. Et le président turc Recep Tayyip Erdogan, ardent défenseur de la réforme constitutionnelle soumise à référendum qui renforcerait ses pouvoirs, a immédiatement réagi en traitant les Pays-Bas de "vestiges du nazisme" et de "fascistes".

C'était des "propos fous", lui a répondu le premier ministre néerlandais Mark Rutte. "Je comprends qu'ils (NDLR: les Turcs) soient en colère, mais c'était tout à fait déplacé", a-t-il dit à la presse.

Crainte de "tensions"

Le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu avait défié plus tôt les autorités néerlandaises en maintenant une visite prévue à Rotterdam dans le cadre de la campagne du référendum du 16 avril. Il les avait aussi menacées de sanctions politiques et économiques s'il se voyait refuser l'entrée sur le territoire néerlandais.

Le gouvernement néerlandais avait fait savoir jeudi son opposition à cette visite, et le meeting lui-même avait été annulé dès mercredi par le maire de Rotterdam - au motif de l'indisponibilité du gérant de la salle. La Haye et Ankara discutaient depuis lors pour trouver "une solution acceptable".

Sur sa page Facebook, Mark Rutte a toutefois accusé M. Cavusoglu d'avoir saboté les négociations sur sa venue dans le pays en appelant ses partisans à un large rassemblement public. Et la menace de sanctions brandie dans la matinée par le chef de la diplomatie turque a "rendu impossible une solution raisonnable", a-t-il ajouté.

Selon lui, "le gouvernement néerlandais n'a aucun problème avec les rassemblements dans le pays pour informer" sur le projet soumis à référendum. "Mais ces rassemblements ne doivent pas contribuer à des tensions dans notre société et quiconque veut organiser un rassemblement est obligé de suivre les instructions des autorités afin que l'ordre public et la sécurité soient garantis", a-t-il dit.

Plusieurs annulations

"Ce sont les vestiges du nazisme, ce sont des fascistes", a réagi Recep Tayyip Erdogan à Istanbul. "Vous pouvez interdire à notre ministre des Affaires étrangères de voler, mais à partir de maintenant voyons comment vos vols vont atterrir en Turquie", a-t-il ajouté à l'adresse des Pays-Bas.

La campagne lancée en Europe auprès de la diaspora turque en vue du référendum est à l'origine de tensions entre plusieurs pays et la Turquie, à commencer par l'Allemagne, en raison de l'annulation par plusieurs villes allemandes de rassemblements pro-Erdogan.

Plusieurs meetings de campagne en présence de membres du parti AKP au pouvoir en Turquie ont été annulés ces derniers jours aux Pays-Bas, mais aussi en Allemagne, en Autriche, ce qui a provoqué la colère d'Ankara.

Meetings en Suisse

En Suisse, le Conseil fédéral a en revanche estimé jeudi qu'il n'y avait pas lieu d'interdire la venue de Mevlüt Cavusoglu, ni de l'empêcher de s'exprimer lors d'un meeting. On ignorait toutefois samedi si le chef de la diplomatie turque se rendrait en Suisse dimanche pour une rencontre du même type. Un rassemblement prévu à l'hôtel Hilton à Opfikon (ZH) a été annulé par l'établissement.

Hursit Yildirim, vice-président de l'AKP d'Istanbul, le parti au pouvoir en Turquie, a participé à un meeting de campagne à Opfikon (ZH) vendredi soir. La réunion a été déplacée après une interdiction par la police argovienne de celle prévue à Spreitenbach (AG).

Dans ce contexte très tendu, la préfecture de Moselle en France a annoncé qu'une association turque avait prévu d'organiser dimanche en début d'après-midi à Metz une réunion à laquelle pourrait participer M. Cavusoglu. Cette manifestation ne présente pas de risque de trouble à l'ordre public, a-t-elle estimé.