Attentats: le Liban, en deuil, enterre ses morts

Au lendemain du double attentat qui a fait 42 morts et des centaines de blessés à Tripoli, le Liban a enterré ses morts samedi.
07 août 2015, 11:42
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
A mourner kisses the shrouded body of a man who was killed in a car bomb attack, during his funeral, in the northern city of Tripoli, Lebanon, Saturday, Aug. 24, 2013. The coordinated explosions Friday outside two mosques in the predominantly Sunni city raised even more the already simmering sectarian tensions in fragile Lebanon, heightening fears the country could be slipping into a cycle of revenge attacks between its Sunni and Shiite communities. (AP Photo/Bilal Hussein)

Le Liban, en deuil, enterrait samedi les dizaines de victimes fauchées la veille dans le double attentat à la voiture piégée contre deux mosquées sunnites à Tripoli. Ces attaques ont fait 45 morts et quelque 280 blessés restaient hospitalisés, selon un dernier bilan des services de sécurité.

Le chef du gouvernement sortant Najib Mikati a décrété un deuil national "en signe de solidarité avec les familles des victimes et de refus du terrorisme". Un arrêt de travail d'une heure a été notamment décrété.

Plusieurs familles ont choisi d'enterrer à la hâte dans la nuit leurs morts en raison du mauvais état des corps dont certains étaient carbonisés. Des funérailles ont été organisées dans l'après-midi pour sept des victimes dont trois enfants d'une même famille.

Durant leur enterrement, des civils ont tiré en l'air, alors que des slogans hostiles au Hezbollah chiite libanais et à son allié, le président syrien Bachar al-Assad, fusaient: "Mort au Hezbollah, Bachar espèce de porc".

Sécurité renforcée

Craignant de nouvelles attaques, l'armée libanaise a multiplié ses patrouilles à Tripoli. Des hommes en civil, armés, étaient visibles devant les mosquées. Ils surveillaient notamment les sièges des partis politiques, des maisons des députés et des dignitaires religieux.

Des soldats à pied et des blindés circulaient dans les rues. Toute voiture suspecte était arrêtée et fouillée. Cette ville portuaire à majorité sunnite, située au nord du pays des cèdres, semblait paralysée alors qu'elle grouille de monde d'habitude: rues désertes, peu de circulation et magasins fermés.

Dévastés par la puissance des explosions, les sites des attaques, l'un dans le centre, l'autre près du port, étaient bouclés par l'armée qui continuait samedi de dégager les nombreuses carcasses de voitures calcinées. Des chaussures étaient encore éparpillées sur la chaussée.

Des personnes erraient près des sites des explosions à la recherche de proches. "Je cherche le mari de ma soeur. Voici sa voiture", raconte Mohammad Khaled, 38 ans, en montrant un véhicule endommagé. "Il est pâtissier, il venait de Beyrouth et passait par là", ajoute-t-il nerveusement.

La vague d'attentats risque d'exacerber les tensions confessionnelles au Liban, déjà fortes en raison du conflit en Syrie. Le Liban pâtit du conflit en Syrie voisine et est profondément divisé entre pro et anti-Assad.

"Un régime criminel"

Dans ce contexte de vive tension, les appels au calme se sont multipliés. Tripoli est en effet régulièrement le théâtre d'affrontements entre sunnites, qui soutiennent en majorité la rébellion syrienne, et alaouites (une branche du chiisme), favorables au régime syrien.

"Les mêmes mains étaient derrière les attentats de Beyrouth et Tripoli, a estimé M. Mikati, il faut "sortir de la polarisation politique". Il y a une semaine, un attentat à la voiture piégée a fait 27 tués et 120 blessés dans la banlieue chiite de Beyrouth, fief du Hezbollah.

Le puissant mouvement chiite libanais combat aux côtés des troupes du régime syrien du président Bachar al-Assad. Le Hezbollah devait organiser un rassemblement en soutien aux habitants de Tripoli sous le slogan "nos blessures sont les vôtres".

L'opposition syrienne a accusé le régime d'Assad de l'attaque de Tripoli. "Les attentats de Tripoli et de la banlieue sud de Beyrouth sont un projet de dissension ourdi par un régime criminel d'un autre temps, pour provoquer un conflit odieux qui entraînerait la région vers la destruction et le chaos".

Vengeance prévue

De son côté, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a déclaré dans un message publié sur Twitter, être "sûr que la main du Hezbollah a trempé dans l'acte répréhensible" à Tripoli. Il a promis de se venger "rapidement du Hezbollah au nom des sunnites".

L'attentat n'a pour l'heure toujours pas été revendiqué. Le pouvoir en Syrie, l'Algérie et les monarchies arabes du Golfe ont condamné l'attentat le plus meurtrier depuis la fin de la guerre civile au Liban (1975-1990), de même que les Etats-Unis, l'Union européenne et le Conseil de sécurité de l'ONU.