Inde: 10 femmes meurent durant un programme de stérilisation de masse

Un programme gouvernemental de stérilisations de masse a causé la mort de dix femmes et entraîné l'hospitalisation de dizaines d'autres. Une soixantaine d'autres patientes souffrent de complications, 24 sont dans un état grave.
07 août 2015, 14:26
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Le programme de planning familial en Inde est essentiellement centré sur les femmes.

Dix femmes sont mortes et des dizaines d'autres ont dû être hospitalisées dans le centre de l'Inde à la suite d'un programme de stérilisation de masse, organisé par l'Etat, qui a tourné au drame. Le gouvernement de l'Etat a lancé une enquête et des habitants sont descendus dans la rue pour exprimer leur colère et demander des sanctions contre les médecins.

Une soixantaine de femmes souffrent de complications consécutives à cette opération chirurgicale organisée samedi et 24 d'entre elles sont dans un état grave, ont annoncé les autorités de l'Etat de Chhattisgarh mardi.

"Les signalements faisant état de baisse de tension, de vomissements, et d'autres symptômes se sont multipliés lundi parmi ces femmes, opérées dans le cadre d'une opération du planning familial", a dit Sonmani Borah, un responsable administratif du district de Bilaspur. "Dix femmes sont mortes depuis lundi et 64 sont hospitalisées depuis lundi", a-t-il ajouté.

Responsables suspendus

Ces femmes ont subi une stérilisation par voie laparoscopique, procédé censé être peu invasif. L'opération consiste à bloquer les trompes utérines, généralement sous anesthésie générale.

Le chef de l'exécutif du Chhattisgarh, Raman Singh, a ordonné la suspension de quatre responsables du secteur de la santé et une plainte a été déposée par la police contre le chirurgien qui a opéré. Singh a aussi annoncé que chaque famille d'une femme décédée recevrait 400'000 roupies d'indemnisation (6250 francs environ).

Des opérations de stérilisation sont régulièrement organisées dans divers Etats de l'Inde dans le cadre d'un programme national qui prévoit d'accorder 1400 roupies (25 francs environ) aux femmes volontaires. Avides de remplir leurs objectifs, certains gouvernements offrent également des biens, tels qu'une voiture ou de l'électroménager, pour recruter des couples volontaires.

ONG critiques

Nombre d'ONG dénoncent la fixation d'objectifs chiffrés au niveau de certains Etats qui entraîne des dérives. Certaines femmes se retrouvent en effet contraintes à une stérilisation, souvent dans des conditions médicales déplorables.

En 2012, l'ONG Human Rights Watch avait exhorté, dans un rapport, le gouvernement à mettre en place un système d'alerte indépendant pour faire remonter toutes les informations concernant des stérilisations forcées et de mauvaises conditions d'hygiène dans les centres. Elle recommandait aussi au gouvernement de mieux former les fonctionnaires chargés de conseiller les hommes en matière de choix de contraception, des recommandations encore peu suivies.

Le programme de planning familial en Inde est essentiellement centré sur les femmes et les experts estiment que la stérilisation des hommes n'est pas acceptée socialement. Environ un tiers de la population ayant recours au planning familial (54% de la population totale) opte pour la stérilisation de la femme, selon des chiffres officiels de 2008. L'Inde compte environ 1,25 milliard d'habitants et pourrait être le pays le plus peuplé au monde d'ici à vingt ans.