Syrie: l'hôpital principal d'Alep encore bombardé

Alors que deux barils d'explosifs ont frappé samedi le plus grand d'hôpital d'Alep en Syrie, un autre aurait été largué dans l'après-midi. Cela a forcé le personnel médical a évacuer tous les patients vers un autre établissement.
01 oct. 2016, 19:59
/ Màj. le 01 oct. 2016 à 20:09
Un docteur de l'hôpital a fait état du largage d'un autre baril d'explosifs dans l'après-midi "devant l'hôpital, forçant le personnel médical qui était toujours présent dans certains départements à évacuer tous les patients vers un autre établissement".

Le régime syrien et son allié russe ont poursuivi samedi leur campagne militaire pour reprendre la totalité d'Alep. Le plus grand hôpital des quartiers rebelles de la deuxième ville du pays a été bombardé pour la deuxième fois cette semaine, suscitant des condamnations.

Depuis son lancement le 22 septembre, cette grande offensive a permis aux forces progouvernementales de grignoter du terrain aux dépens des rebelles dans le centre et le nord d'Alep. L'appui des bombardements est sans pitié: des dizaines de civils tués et des destructions massives dans la ville. Divisée depuis 2012 entre un secteur ouest contrôlé par le régime et des quartiers est aux mains des rebelles, Alep est devenue le principal front du conflit syrien.

Environ 250'00 personnes, dont 100'000 enfants, vivent dans les quartiers tenus par les insurgés. Elles subissent, selon l'ONU, "la plus grave catastrophe humanitaire jamais vue en Syrie".

Bombe à fragmentation?

Alors que la situation médicale est déjà catastrophique dans les quartiers rebelles d'Alep, deux barils d'explosifs ont frappé samedi le plus grand hôpital du secteur selon la Syrian American Medical Society (SAMS). "Et il y a des informations sur l'utilisation d'une bombe à fragmentation", selon Adham Sahloul, un responsable de cette ONG basée aux Etats-Unis qui gère l'hôpital.

Selon lui, des patients et du personnel médical se trouvaient à l'intérieur de l'établissement. L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a fait état d'un mort dans cette attaque. Un correspondant de l'AFP sur place a vu des lits tâchés de sang, du matériel médical éparpillé et des vitres brisées pendant que du personnel médical fouillait les décombres et évaluait les dégâts.

Un docteur de l'hôpital a fait état du largage d'un autre baril d'explosifs dans l'après-midi "devant l'hôpital, forçant le personnel médical qui était toujours présent dans certains départements à évacuer tous les patients vers un autre établissement". L'OSDH a confirmé de nouveaux raids dans l'après-midi.

"Crime de guerre" pour l'ONU

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon avait qualifié de "crime de guerre" le bombardement mercredi de ce même hôpital et d'un autre à Alep. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a jugé samedi "particulièrement inqualifiable" "le ciblage systématique des structures et des personnels de santé" à Alep. Les auteurs de ces attaques "devront rendre des comptes", a-t-il ajouté.

L'organisation Médecins sans frontières (MSF) a appelé Damas et Moscou à mettre un terme "au bain de sang".

Selon la SAMS, seules six structures hospitalières sont encore en activité dans les quartiers rebelles d'Alep. Durant toute la nuit de vendredi à samedi, le correspondant de l'AFP dans la partie rebelle a entendu le bruit des combats et des bombardements dans plusieurs quartiers, du centre-ville jusqu'au nord. D'après l'OSDH, le régime de Bachar al-Assad ne cesse de gagner du terrain.

Depuis le début de leur offensive militaire de grande envergure sur Alep-Est, les bombardements du régime syrien et de son allié russe ont tué au moins 220 personnes selon l'OSDH.

Laborieuse diplomatie

La France se mobilise au Conseil de sécurité de l'ONU: un projet de résolution centré sur Alep a commencé à être discuté vendredi par les ambassadeurs des cinq membres permanents. Ce texte appelle au rétablissement du cessez-le-feu initié en septembre par un accord américano-russe, qui n'avait duré qu'une semaine. La France espère présenter ce texte lundi aux 15 pays membres du Conseil de sécurité.

Les efforts diplomatiques pour rétablir un cessez-le-feu en Syrie semblent en revanche complètement enlisés. Les Etats-Unis, qui soutiennent l'opposition au régime, ont toutefois tenté d'assurer vendredi que leurs discussions avec la Russie, alliée de Damas, n'étaient pas encore au point mort.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry s'avoue de son côté impuissant et frustré par la Maison Blanche elle-même. Le chef de la diplomatie de Barack Obama s'est plaint la semaine dernière, en marge d'une réunion à l'ONU, du fait que ses efforts diplomatiques pour mettre fin au conflit syrien n'aient pas été accompagnés d'une menace sérieuse d'usage de la force militaire.