Les économistes estiment que les annonces de suppressions d'emplois vont se poursuivre

Lonza, UBS, Straumann et Swisscom ne seraient que les premières annonces de suppressions d'emplois en Suisse, estiment plusieurs économistes.
06 août 2015, 15:00
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39
Après Lonza Swisscom ou UBS, les annonces de suppressions d'emplois devraient se poursuivre en Suisse, estiment certains économistes.

Les annonces de suppressions d'emplois se sont multipliées cette semaine: Lonza et Swisscom comptent chacun biffer 400 postes et UBS près de 10'000, dont 2500 en Suisse. Ce n'est pas une coïncidence, affirment plusieurs économistes qui craignent que la tendance ne se poursuive.

Swisscom sabre dans ses effectifs pour s'adapter à un marché où la téléphonie ne constitue plus la source principale de revenus, selon un avis tombé mercredi soir. Parallèlement, l'opérateur historique créera toutefois 300 postes dans les secteurs dits de croissance.

Le site de Viège (VS) de Lonza n'a pas cette chance. Les 400 postes supprimés ne seront pas compensées. Le groupe chimique bâlois a expliqué mercredi sa décision par un manque de rentabilité, provoquant l'ire des syndicats et l'incompréhension du Conseil d'Etat valaisan.

En revanche, la décision mardi d'UBS de supprimer 10'000 emplois dont 2500 en Suisse, a été plutôt bien accueillie. La présidente de la Confédération Eveline Widmer-Schlumpf a salué une mesure nécessaire au redimensionnement de la banque d'affaires, considérée comme trop coûteuse et trop exposée aux fluctuations des marchés.

Mardi encore, le fabricant d'implants dentaires bâlois Straumann a annoncé la suppression de 150 postes, dont le tiers en Suisse pour début 2013. Lundi enfin, Rheinmetall Air Defence (ex-Oerlikon Contraves) traçait 80 postes à Zurich, dont la moitié par des licenciements.

Pas un hasard

"La concentration de ces annonces en une semaine n'est pas un hasard", constate Bernard Lambert, chef économiste chez Pictet Wealth Management. D'un point de vue technique, les entreprises profitent de la publication des résultats trimestriels pour présenter les mesures de restructuration.

Plus fondamentalement, la crise dans la zone euro s'aggrave et l'économie allemande commence à montrer des signes de faiblesse, souligne Daniel Lampart, économiste en chef à l'Union syndicale suisse. L'Union européenne étant le principal partenaire de la Suisse, les entreprises helvétiques en ressentent les conséquences.

L'industrie et plus particulièrement les firmes tournées vers l'exportation souffrent. "Ca ne m'étonnerait pas du tout de voir de nouvelles suppressions d'emplois dans ce secteur", indique Daniel Lampart.

La pression des marchés, qui veulent toujours plus de rentabilité joue également un rôle, note Roland Duss, directeur de la recherche à la banque Gonet & Cie. Le groupe chimique bâlois Clariant pourrait ainsi prendre des mesures après des résultats trimestriels jugés décevants.

Nuages noirs sur le secteur bancaire

Les employés du secteur bancaire ont également du souci à se faire. "Après les mesures prises par UBS pour réduire sa banque d'affaires, la pression est désormais sur Credit Suisse", souligne Roland Duss.

Les autres établissements vont aussi souffrir des changements à venir. L'accord Rubik avec l'Allemagne - s'il est ratifié - rognera fortement les marges, relève Daniel Lampart. Les banques pourraient devoir reverser près d'un tiers de l'argent sous gestion des clients d'outre-Rhin pour régler le passé.

De manière générale, "avec l'abandon du secret bancaire", le secteur va perdre de sa taille, lance Roland Duss. "Il ne faut pas se leurrer, lors des départs ou des retraites, les postes ne seront souvent pas remplacés".

Le tourisme souffre aussi depuis plusieurs trimestres. Le phénomène est peu spectaculaire car dilué dans le temps et réparti entre de très nombreuses petites et moyennes entreprises (PME), mais il n'en est pas moins palpable, avertit Daniel Lampart.

Impact sur le chômage incertain

Les effets des grosses annonces de suppressions d'emplois sur le taux de chômage restent incertains. Si UBS licencie rapidement un nombre important d'employés, le chômage augmentera car le marché du travail est tendu dans la branche, assure Daniel Lampart.

Cependant, il ne faut pas surestimer cet impact, dit Bernard Lambert. Pour une entreprise telle que Lonza qui supprime 400 postes, il se peut que dix PME créent des emplois. Les chiffres les plus récents, qui concernent le deuxième trimestre, montrent ainsi une progression de 1,2% du nombre d'emplois sur un an en Suisse.